Elle qui chevauche les tempêtes (Windhaven), George R. R. Martin & Lisa Tuttle

Elle qui chevauche les tempêtes (Windhaven) George R. R. Martin & Lisa Tuttle

RESUME :

« Mariss chevauchait la tempête à trois mètres au-dessus de l’eau, domptant les vents de ses larges ailes en métal tissé. Elle volait, féroce, intrépide, ravie par le péril et le contact des embruns, indifférente au froid. Le ciel était d’un menaçant bleu de cobalt, les vents montaient, et elle avait des ailes ; cela lui suffisait. Si elle mourait à l’instant, elle mourrait heureuse, en vol. »

Sur une planète océane, où les naufragés venus de la Terre se sont divisés en deux castes : les « Rampants » et les « Aériens », Mariss la rampante a appris à voler et ne vit désormais que pour cela. Mais voici qu’elle doit rendre ses ailes car telle est la tradition, elle doit les laisser à Coll, le fils de son mentor, qui lui ne rêve que d’une chose, devenir barde. Mariss saura être plus forte que la tradition, plus forte que tous les autres, car c’est elle qui chevauche les tempêtes et nul autre.

MON AVIS :

Ces dernières années, j’ai commencé à ressentir un ras-le-bol de plus en plus intense pour la fantasy (et l’heroic fantasy ou encore la SF de type « planet opera ») traitant de sociétés « moyenâgeuses » (et assimilées). En effet, ce genre met en scène des endroits imaginaires où se répètent inlassablement les inégalités sociales qui sont celles de notre propre monde et je n’arrive pas à en comprendre la raison. C’est que, pour moi, l’auteur a toute latitude dans le choix de l’univers qu’il crée. Dès lors, pourquoi s’amuse-t-il à reproduire le même schéma encore et toujours ? On m’a souvent répondu que c’était pour coller aux réalités de notre Moyen Age/de notre histoire de manière générale (pour ne pas trop nous dépayser ? N’est-ce pas là le but de la fantasy justement?). Apparemment, il y aurait une sorte d’accord tacite entre les auteurs et les lecteurs qui, tous, partent du principe qu’il est normal dans ces romans de retrouver des récits où seules quelques femmes tirent leur épingle du jeu mais où la mère de famille d’Oxiplou-les-bains, elle, devra continuer à trimer en consacrant sa vie à élever sa tripotée de gosses et à recevoir ses raclées quotidiennes (voire pire). Et pourtant, il y a trente et un ans, George R. R. Martin et Lisa Tuttle ont créé un monde incroyable où toutes ces inégalités liées à la question du sexe n’existent tout simplement pas. Et qu’est-ce que ça fait du bien de s’y plonger !

Mariss est une jeune fille qui désire plus que tout devenir une aérienne et transmettre des messages en volant au-dessus des eaux, à l’aide d’ailes en métal et en tissu. Mais dans son monde, seuls les enfants d’aériens peuvent hériter des ailes de leurs parents, et elle est la fille d’un pêcheur. Mariss va lutter pour que son rêve puisse se réaliser.

Dans l’absolu, j’ai aimé Elle qui chevauche les tempêtes sans l’adorer. L’histoire est bien foutue, elle tient la route et elle est même complexe à certains endroits (car dénuée d’un manichéisme quelque peu barbant, même si certains personnages sont toujours dans l’erreur). Cependant, il me manquait quelque chose, et j’ai eu du mal à comprendre quoi pendant un certain temps. Je suis rapidement rentrée dans ce livre, j’ai été séduite par son ton, mais je l’ai vite trouvé un peu lassant. C’est qu’il y manquait ce qui fait le charme des histoires se déroulant dans des mondes inconnus : les détails, les descriptions si vous préférez. G. R. R. Martin et Lisa Tuttle nous dépeignent ici un univers maritime de manière très grossière. Ils ne prendront jamais le temps de nous parler des paysages, des habitations, des différentes populations ou même de l’histoire de cet endroit inconnu. Tout au plus pourrons-nous supputer que nous sommes en présence d’une planète ayant été colonisée il y a très longtemps et qu’elle est principalement recouverte d’eau. La seule chose qui sera expliquée en long et en large, c’est le système de castes qui y règne, les différences entre Aériens et Rampants surtout. Et je trouve ça dommage. Et pourtant, je me suis attachée à cette histoire et à Maryss, au point d’être profondément émue par la fin, simple mais belle.

Mais là où j’aurais pu rester sur une pointe de déception, avec une histoire divertissante mais sans plus, je me suis retrouvée face à une chose que je recherchais depuis un petit bout de temps. En effet, nous sommes ici dans des contrées où la question de la différence entre les sexes ne se pose même pas. Les femmes font exactement les mêmes métiers que les hommes, sans qu’à aucun moment n’interviennent des considérations comme « mais c’était plus dur pour elle parce qu’elle était une femme » ou autres du même genre. Les héritages se transmettent aussi bien aux filles qu’aux garçons. L’éducation est accessibles à tous, même s’il est rarement question de la chose en dehors des l’apprentissage des aériens ici. D’ailleurs, élément symptomatique, le mariage, s’il existe, n’est pas une obligation et les relations sexuelles en dehors de ce lien sont tout à fait acceptées et reconnues. Nous baignons donc dans une société où il ne sera pas question de faire pression sur les femmes en les violant, d’obliger les hommes à ressentir le besoin d’être héroïques ou protecteurs, ou simplement de façonner les esprits en fonction du corps habité. Et je ne peux vous dire à quel point j’ai trouvé la chose « reposante », voire enthousiasmante. Car il y a quelques décennies, ces deux auteurs sont arrivés à faire ce que nos contemporains soi-disant sensibles aux questions de l’égalité homme-femme sont rarement capables d’imaginer. Seules quelques Le Guin ou Mazaurette se sont frottées à un monde si terrifiant pour tant d’autres, celui où la différence entre les hommes et les femmes n’est plus considérée comme base de la société et où chacun est capable de faire ce que l’autre fait (à une exception près, bien sûr). Et rien que pour ça, ce livre vient de gagner une place importante dans mon cœur. Maintenant que je l’ai lu, je sais que c’est possible et il me servira de base de comparaison. Parce que zut aussi. Si les auteurs ont envie d’écrire sur ces sempiternels mondes où les femmes rencontrent encore et toujours des problèmes liés à leurs sexes, moi je n’ai plus envie de lire la chose. Écrivains de l’imaginaire, ayez le courage de voir plus loin, ou juste différemment.

Donc voilà. Ce qui, au départ, n’aurait été qu’une histoire distrayante a pris pour moi des proportions énormes et porte en elle un message politique et sociologique cher à mon cœur : arrêtez de vous focaliser sur les différences entre les hommes et les femmes, laissez-les être ce qu’ils ont envie de devenir sans vouloir à tout prix toujours tout ramener à leur sexe. Et épargnez-nous les inévitables scènes de viol, aussi, tant qu’on y est, parce que marre à la fin.

Au final, Elle qui chevauche les tempêtes est un roman de type SF/fantasy qui m’a étonnée par sa réflexion égalitariste. Il nous offre une histoire attachante et un univers fascinant mais, malheureusement, trop peu étoffé. Pour tous ceux qui en ont assez qu’on joue sur les valeurs moyenâgeuses de notre propre monde quand on en invente un autre.

 

Publié pour la première fois le 17 juillet 2012

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